Connexité & théorème des valeurs intermédiaires

« D'un seul morceau » — cinq preuves du champ d'examen dans une seule leçon.

Cette leçon couvre les Cours 8 (fin) et 9 du champ. Cinq preuves peuvent tomber à l'examen depuis cette section :

  1. « Coller les connexes » — trois variantes (Prop II.1, II.2, corollaire chaîne).
  2. Image continue d'un connexe est connexe (Théorème II.3).
  3. $\mathbb{R}_{\text{std}}$ est connexe (Théorème II.5 + Corollaire II.6).
  4. Théorème des valeurs intermédiaires (Théorème II.7).

On les fait toutes, avec pas à pas. Prépare-toi à un peu de densité, mais chaque preuve suit le même canevas : supposer par l'absurde qu'il existe une décomposition non-triviale en deux ouverts disjoints, puis en dériver une contradiction.

1. Définition et formulations équivalentes

Définition (polycopié §II.1)

Un espace topologique $X$ est dit connexe si pour tous ouverts $U, V \subseteq X$ disjoints avec $X = U \cup V$, on a $U = \emptyset$ ou $V = \emptyset$.

Autrement dit : $X$ est connexe s'il n'admet aucune décomposition non-triviale en deux ouverts disjoints. Intuition : $X$ est « d'un seul morceau ».

Formulations équivalentes (polycopié §II.1, remarques 3-4)

Soit $X$ un espace topologique. Les énoncés suivants sont équivalents :

  1. $X$ est connexe (définition).
  2. Les seuls sous-ensembles à la fois ouverts et fermés de $X$ sont $\emptyset$ et $X$.

Cas d'un sous-espace $Y \subseteq X$ (avec la topologie induite) : $Y$ est connexe ssi pour tous ouverts $U, V \subseteq X$ tels que $Y \cap U \cap V = \emptyset$ et $Y \subseteq U \cup V$, on a $Y \subseteq U$ ou $Y \subseteq V$.

Exemples (polycopié §II.1)

Remarque : la connexité est une propriété topologique — invariante par homéomorphisme. C'est ce qui la rend utile pour distinguer deux espaces (si l'un est connexe et l'autre non, ils ne sont pas homéomorphes).

2. Coller les connexes — les trois variantes

Le champ d'examen liste explicitement les trois variantes de « coller les connexes ». Les deux premières sont dans le polycopié (Prop II.1 et II.2) ; la troisième est un corollaire (union chaînée) qu'on obtient en itérant la première.

Variante 1 — Prop II.1 (union avec intersection commune)

Hyp. $\{A_i\}_{i \in I}$ collection de sous-espaces connexes de $X$, avec $\bigcap_{i \in I} A_i \neq \emptyset$.

Conclusion. $\bigcup_{i \in I} A_i$ est connexe.

Preuve (Cimasoni §II.1)
  1. Poser le cadre Comme l'intersection est non-vide, fixons $x \in \bigcap_i A_i$. Posons $Y = \bigcup_i A_i$. Supposons $U, V \subseteq X$ ouverts avec $Y \cap U \cap V = \emptyset$ et $Y \subseteq U \cup V$ (critère de la remarque 4). Il faut montrer $Y \subseteq U$ ou $Y \subseteq V$.
  2. Placer $x$ Comme $x \in Y \subseteq U \cup V$, on a $x \in U$ ou $x \in V$. Sans restreindre la généralité (WLOG), $x \in U$.
  3. Propager à chaque $A_i$ Pour tout $i$ : $A_i \cap U \cap V \subseteq Y \cap U \cap V = \emptyset$ et $A_i \subseteq Y \subseteq U \cup V$. Par connexité de $A_i$ (remarque 4), $A_i \subseteq U$ ou $A_i \subseteq V$. Mais $x \in A_i \cap U$, donc $A_i \cap U \neq \emptyset$, donc $A_i \subseteq U$.
  4. Conclure $A_i \subseteq U$ pour tout $i$, donc $Y = \bigcup_i A_i \subseteq U$. $\blacksquare$
Variante 2 — Prop II.2 (ajouter des points d'adhérence)

Hyp. $A$ sous-espace connexe de $X$, et $B \subseteq X$ avec $A \subseteq B \subseteq \overline{A}$.

Conclusion. $B$ est connexe.

Preuve (Cimasoni §II.1)
  1. Poser le cadre Soient $U, V \subseteq X$ ouverts avec $B \cap U \cap V = \emptyset$ et $B \subseteq U \cup V$. Il faut $B \subseteq U$ ou $B \subseteq V$.
  2. Utiliser la connexité de $A$ $A \subseteq B$ donne $A \cap U \cap V \subseteq B \cap U \cap V = \emptyset$ et $A \subseteq U \cup V$. Par connexité de $A$, WLOG $A \subseteq U$, d'où $A \cap V = \emptyset$.
  3. Montrer $B \subseteq U$ Soit $x \in B \subseteq U \cup V$. Si $x \in V$, alors $x$ n'appartient pas au fermé $X \setminus V$ qui contient $A$ (car $A \cap V = \emptyset$). Donc $x \notin \bigcap_{F \text{ fermé},\, F \supseteq A} F = \overline{A}$, ce qui contredit $x \in B \subseteq \overline{A}$. Donc $x \in U$. $\blacksquare$
Variante 3 — corollaire de chaîne

Hyp. $(A_n)_{n \geq 1}$ suite de sous-espaces connexes de $X$ telle que $A_n \cap A_{n+1} \neq \emptyset$ pour tout $n \geq 1$.

Conclusion. $\bigcup_{n \geq 1} A_n$ est connexe.

Preuve (par récurrence via Variante 1)
  1. Poser $B_n$ Définissons $B_n = A_1 \cup A_2 \cup \cdots \cup A_n$. Objectif : $B_n$ connexe pour tout $n$, puis passer à la limite.
  2. Récurrence $B_1 = A_1$ connexe (hypothèse). Supposons $B_n$ connexe. Alors $B_n$ et $A_{n+1}$ sont deux connexes s'intersectant (car $A_n \cap A_{n+1} \neq \emptyset$ et $A_n \subseteq B_n$). Par Variante 1, $B_{n+1} = B_n \cup A_{n+1}$ est connexe.
  3. Passer à l'union La famille $\{B_n\}_{n \geq 1}$ est croissante et chaque $B_n$ est connexe. Comme tous les $B_n$ contiennent un point commun (n'importe quel point de $A_1$), Variante 1 s'applique une nouvelle fois : $\bigcup_n B_n = \bigcup_n A_n$ est connexe. $\blacksquare$
Sur l'énoncé exact des « trois variantes »

Le champ mentionne trois variantes sans les nommer. Les deux du polycopié (II.1 union à intersection commune, II.2 ajout d'adhérence) sont les incontournables. La troisième est classiquement soit le corollaire chaîne ci-dessus, soit une reformulation « union de connexes s'intersectant deux à deux ». Sache dériver l'une de l'autre à partir de Prop II.1 — c'est le mouvement clé.

3. Image continue d'un connexe est connexe

Théorème II.3 (polycopié §II.1)

Hyp. $f : X \to Y$ continue, $X$ connexe.

Conclusion. $f(X)$ est connexe.

Preuve (Cimasoni §II.1)
  1. Restreindre au but $f(X)$ L'application $g : X \to Z = f(X)$ obtenue en restreignant l'espace d'arrivée est continue (Prop I.2 du polycopié, Leçon 2) et surjective.
  2. Supposer $Z$ non connexe Supposons par l'absurde $Z$ non connexe : il existe $U, V \subseteq Z$ ouverts non-vides disjoints avec $U \cup V = Z$.
  3. Remonter à $X$ par continuité $U' = g^{-1}(U)$ et $V' = g^{-1}(V)$ sont ouverts dans $X$. Les identités ensemblistes donnent :
    $U' \cap V' = g^{-1}(U \cap V) = g^{-1}(\emptyset) = \emptyset$ ;
    $U' \cup V' = g^{-1}(U \cup V) = g^{-1}(Z) = X$.
  4. Non-vides par surjectivité $g$ surjective + $U, V$ non-vides $\Rightarrow$ $U' = g^{-1}(U)$ et $V' = g^{-1}(V)$ non-vides.
  5. Contradiction $U', V'$ forment une décomposition non-triviale de $X$ en ouverts disjoints — impossible car $X$ connexe. $\blacksquare$

4. $\mathbb{R}$ est connexe

Avant d'énoncer, on rappelle la définition d'un intervalle (implicite dans Cimasoni §II.2).

Définition — Intervalle de $\mathbb{R}$

Une partie $I \subseteq \mathbb{R}$ est un intervalle si pour tous $a, b \in I$ avec $a < b$, on a $[a, b] \subseteq I$. Concrètement, les intervalles sont exactement les ensembles de la forme $\emptyset$, $\{a\}$, $(a, b)$, $[a, b]$, $(a, b]$, $[a, b)$, $(-\infty, a)$, $(-\infty, a]$, $(a, \infty)$, $[a, \infty)$, $\mathbb{R}$.

Théorème II.5 (polycopié §II.2)

Hyp. $a < b$ dans $\mathbb{R}$.

Conclusion. L'intervalle ouvert $(a, b) \subseteq \mathbb{R}$ (topologie standard) est connexe.

Preuve (Cimasoni §II.2, argument de sup)

Par l'absurde : supposons $(a, b)$ non connexe. Il existe $U_1, V_1 \subseteq \mathbb{R}$ ouverts tels que $U = U_1 \cap (a, b)$ et $V = V_1 \cap (a, b)$ soient non-vides, disjoints, et recouvrent $(a, b)$. Choisissons $u \in U$ et $v \in V$ ; WLOG $u < v$. Posons $$S = \{\, s \in (a, b) \;:\; [u, s] \subseteq U \,\}.$$

  1. $S$ borné et non-vide $S \subseteq (a, b)$ (borné par $b$), $u \in S$ (car $[u, u] = \{u\} \subseteq U$). Donc $s_0 = \sup S$ existe.
  2. Un majorant important Affirmation : tout $x \in V$ avec $u < x$ est un majorant de $S$. Sinon $\exists s \in S$ avec $x < s$ ; alors $x \in (u, s] \subseteq [u, s] \subseteq U$, contredisant $U \cap V = \emptyset$.
  3. Localiser $s_0$ L'affirmation appliquée à $v$ donne $s_0 \leq v$. Aussi $u \leq s_0$ (car $u \in S$) et $s_0 \geq u > a$. Donc $a < u \leq s_0 \leq v < b$, soit $s_0 \in (a, b) = U \cup V$. Deux cas.
  4. Cas $s_0 \in U$ $U$ ouvert (dans $(a,b)$, donc trace d'un ouvert de $\mathbb{R}$) : $\exists \varepsilon > 0$ tel que $(s_0 - \varepsilon, s_0 + \varepsilon) \subseteq U$. Alors $[u, s_0] \subseteq U$ (sinon $\exists x \in (u, s_0) \cap V$, qui serait un majorant de $S$ strictement plus petit que $s_0$). Donc $[u, s_0 + \varepsilon/2] \subseteq U$, i.e. $s_0 + \varepsilon/2 \in S$ — contradiction avec $s_0 = \sup S$.
  5. Cas $s_0 \in V$ $V$ ouvert : $\exists \varepsilon > 0$ tel que $(s_0 - \varepsilon, s_0 + \varepsilon) \subseteq V$ et $u < s_0 - \varepsilon$. Par l'affirmation, $s_0 - \varepsilon/2 \in V$ est un majorant de $S$ strictement plus petit que $s_0$ — contradiction. $\blacksquare$
Corollaire II.6 — $\mathbb{R}$ et tous les intervalles sont connexes

La droite réelle $\mathbb{R}$ est connexe, de même que tous les intervalles $(a, b)$, $[a, b]$, $(a, b]$, $[a, b)$, $(-\infty, a)$, $(-\infty, a]$, $(a, \infty)$, $[a, \infty)$.

Preuve (Cimasoni §II.2)

Tous les intervalles ouverts $(a, b)$ (avec $-\infty \leq a < b \leq \infty$) sont homéomorphes deux à deux (par des applications affines / bijections classiques), donc tous connexes par Théorème II.5 et invariance par homéomorphisme. Pour les intervalles fermés/semi-ouverts, on applique la Proposition II.2 : par exemple $B = [a, b]$ vérifie $A \subseteq B \subseteq \overline{A}$ avec $A = (a, b)$ connexe, donc $B$ connexe. Idem pour les autres. $\blacksquare$

5. Théorème des valeurs intermédiaires

Théorème II.7 — TVI (polycopié §II.2)

Hyp. $f : X \to \mathbb{R}$ continue, $X$ connexe, $a, b \in X$.

Conclusion. Pour tout $r \in \mathbb{R}$ entre $f(a)$ et $f(b)$, il existe $c \in X$ tel que $f(c) = r$.

Preuve (Cimasoni §II.2)

Supposons WLOG $f(a) < r < f(b)$ et par l'absurde $r \notin f(X)$.

  1. Décomposer $f(X)$ Posons $U = f(X) \cap (-\infty, r)$ et $V = f(X) \cap (r, \infty)$. Ce sont des ouverts de $f(X)$ (topologie induite depuis $\mathbb{R}$).
  2. Vérifier la décomposition $U$ contient $f(a)$, $V$ contient $f(b)$ : tous deux non-vides. Ils sont disjoints (par définition). Comme $r \notin f(X)$, $U \cup V = f(X)$.
  3. Contradiction $f(X)$ n'est pas connexe. Or $X$ connexe + $f$ continue $\Rightarrow$ $f(X)$ connexe (Théorème II.3). Contradiction. $\blacksquare$
Généralisation du TVI vu en Analyse I

Le TVI d'Analyse I correspond au cas $X = [a, b]$ (connexe par Cor. II.6). L'énoncé topologique s'applique à tout connexe — bien plus général.

6. À toi — $\mathbb{R} \setminus \{0\}$ n'est pas connexe

À prouver

Hyp. $\mathbb{R}$ muni de la topologie standard, $X = \mathbb{R} \setminus \{0\}$ muni de la topologie induite.

Conclusion. $X$ n'est pas connexe.

Exhibe une décomposition non-triviale en deux ouverts disjoints. C'est court — 3 lignes.

Indices progressifs
Indice 1 — que choisir ?
Les deux « côtés » de $0$ : $U = (-\infty, 0)$ et $V = (0, \infty)$. Sont-ils ouverts dans $X$ ? Sont-ils disjoints ? Non-vides ? Recouvrent-ils $X$ ?
Solution complète

Preuve. Posons $U = (-\infty, 0)$ et $V = (0, \infty)$. Ce sont des ouverts de $\mathbb{R}$, donc leurs traces $U \cap X = U$ et $V \cap X = V$ sont ouverts dans $X$ pour la topologie induite. Ils sont disjoints, non-vides (contiennent $-1$ et $1$ respectivement), et $U \cup V = \mathbb{R} \setminus \{0\} = X$. Donc $X$ admet une décomposition non-triviale en deux ouverts disjoints, il n'est pas connexe. $\blacksquare$

Application classique. On en déduit que $\mathbb{R}$ et $\mathbb{R}^2$ ne sont pas homéomorphes : sinon la restriction $\mathbb{R} \setminus \{0\} \to \mathbb{R}^2 \setminus \{h(0)\}$ serait un homéomorphisme, or le premier n'est pas connexe et le second l'est (pour $n > 1$, $\mathbb{R}^n \setminus \{x\}$ est connexe par arcs).

7. Quiz de rappel

Q1 — restitution complète

Énonce la définition d'un espace connexe (polycopié §II.1) avec les hypothèses.

Vérifier
$X$ espace topologique est connexe si pour tous $U, V \subseteq X$ ouverts disjoints avec $X = U \cup V$, on a $U = \emptyset$ ou $V = \emptyset$.
Q2

Donne la formulation équivalente en termes d'ensembles ouverts-et-fermés.

Vérifier
$X$ est connexe ssi les seuls sous-ensembles à la fois ouverts et fermés de $X$ sont $\emptyset$ et $X$.
Q3 — restitution complète

Énonce la Proposition II.1 (variante 1 de « coller les connexes »).

Vérifier
Si $\{A_i\}_{i \in I}$ est une collection de sous-espaces connexes d'un espace topologique $X$ avec $\bigcap_{i \in I} A_i \neq \emptyset$, alors $\bigcup_{i \in I} A_i$ est connexe.
Q4 — restitution complète

Énonce le théorème des valeurs intermédiaires topologique (Théorème II.7).

Vérifier
Soit $f : X \to \mathbb{R}$ continue avec $X$ connexe, et $a, b \in X$. Pour tout $r \in \mathbb{R}$ entre $f(a)$ et $f(b)$, il existe $c \in X$ tel que $f(c) = r$.
Q5 — le canevas

Quel est le canevas commun à presque toutes les preuves de connexité de cette leçon ?

Vérifier
Par l'absurde : supposer une décomposition non-triviale de l'espace (ou de l'image) en deux ouverts disjoints non-vides, puis en dériver une contradiction — soit par la connexité d'un sous-objet (Prop II.1, II.2, Théorème II.3), soit par un argument de sup (Théorème II.5), soit par un fait d'ensembles (Théorème II.7).
Q6 — application immédiate

Vrai ou faux : la connexité est invariante par homéomorphisme.

Vérifier
Vrai. La définition ne fait intervenir que la topologie (ouverts), donc c'est une propriété topologique. Cela permet d'utiliser la connexité pour distinguer deux espaces (si l'un est connexe et l'autre non, ils ne peuvent pas être homéomorphes).

8. Récap et micro-victoire

Cinq preuves du champ dans une seule leçon :

Toutes ces preuves partagent la même mécanique : supposer une décomposition non-triviale, remonter/propager, dériver une contradiction. Retiens ce canevas — il rend les preuves de connexité prévisibles.